Résumé
La Guerre des Modifications oppose les Serpents aux Araignées, avec comme enjeu le sort de l'Humanité. Enclenchée dans un futur lointain, son champ de bataille est l'Histoire. Ses troupes s'affrontent dans les moments-clés de notre histoire, pour en changer ou en conserver l'issue, selon ce qui favorise leur victoire future. Cette guerre, qui a lieu à l'insu des gens qui vivent dans le temps, provoque pourtant des changements dans la ligne temporelle.
Au milieu de toute cette folie, il y a la Place, un lieu hors du Temps et de l'Espace, maintenu dans le néant par une technologie fragile. Là, les entertainers divertissent les soldats durant leurs brefs répits entre deux mission en mission.
C'est dans une de ces Places que Greta Forzane travaille avec cinq collègues, tous arrachés à leur vie juste avant leur décès. Après une accalmie, un trio de soldats hétéroclite - un officier Nazi, un centurion et un soldat américain de la Première Guerre - débarquent dans la Place après une mission au succès mitigé. Les esprits s'échauffent, les voix s'élèvent, rien d'anormal pour ce lieu fait pour évacuer les tensions. Cependant, trois autres soldats échouent par accident à la Place, toujours en pleine mission, transportant une arme nucléaire.
Commentaire
The Big Time est le deuxième livre de Fritz Leiber que je lis d'affilée. Mieux connu pour la série de Fafhrd and Gray Mouser - qui inspira Donjons & Dragons - et son cycle des Épées, il a écrit plusieurs romans et nouvelles de science-fiction. The Big Time a d'ailleurs été honoré d'un prix Hugo.
Le mélange des protagonistes aux diverses origines permet de bonnes confrontations, et leur rapport avec les Modifications de la ligne du Temps (dont des modifications de leur vie personnelle) offre un potentiel d'histoires. D'ailleurs, Leiber a écrit d'autres récits dans le même univers.
Cependant, si ces éléments sont présents, le noeud de l'histoire demeure le lien avec ces Serpents et ces Araignées, les deux opposants que personne ne connaît, ainsi que le but nébuleux de cette guerre. C'est contre cette absurdité que proteste l'un des protagonistes, qui met tout le monde dans une situation périlleuse. Le point central en est donc un de philosophie, de positionnement face à cette guerre. Le questionnement amène la cristallisation des positions de chacun quand on leur demande de choisir leur camp, choix que seule Greta ne fait pas, exemptée par un élément de distraction. Elle ne résoudra jamais ce dilemme.
Les personnages, à prime abord dessinés à gros traits, se nuancent au cours des interactions.
Du point de vue narratif, Greta raconte au "je", avec ce ton de conversation familière qui met à l'aise, comme un client de la Place. Les confidences sont parfois un peu longues, et peu exploitées par la suite, et le positionnement principal du protagoniste qui veut échapper à ses supérieurs tient à un long discours. Heureusement fort bien construit et articulé, ce qui permet à un exposé potentiellement pénible de couler avec plus d'aisance. Il demeure que le livre laisse une impression de beaucoup de discussion pour peu d'action, concentrée en quelques endroits. Quant au dénouement - trouvé où est le fameux stabilisateur permettant à la Place de demeurer dans le Néant -, il est accompli par Greta, mais semble un peu factice tout du long, un artifice ou une excuse pour permettre la confrontation entre ceux qui veulent cesser d'être des pantins et ceux qui ne veulent pas déserter.
En somme, ce livre m'a paru être un aperçu d'une histoire pouvant être plus étoffée, avec énormément de possibilités. Très court (170 pages), il a pourtant des longueurs et l'habitude de l'auteur de mettre des majuscules un peu partout (eh non, ce n'est pas moi qui aie choisi d'en mettre) est agaçante, malgré la réflexion de la protagoniste à ce sujet. Peut-être est-ce le style qui a mal vieilli, mais je comprends mal son obtention d'un Hugo. Lecture intéressante, sans plus.
17 nov. 2012
21 oct. 2012
Lecture: "Demain les loups" de Fritz Leiber (1966)
Résumé
Ce livre réuni quatre nouvelles écrites entre 1944 et 1962 avec, pour thématique centrale, la folie de l'Homme dans un futur postapocalyptique.
Le loup solitaire: Alors que la population de la planète s'est réfugiée dans des cités souterraines par crainte d'attaques nucléaires, quelques familles d'irréductibles continues d'habiter la surface. Parmi eux, Gussy est souvent consulté par les fonctionnaires de la Recherche et du Développement, sans cesse à l'affût de nouvelles idées pour de nouvelles inventions. La dernière idée de Gussy, pour un appareil du type "agenda électronique", dégénérera en une intelligence artificielle qui soumettra les populations à la servitude en un temps record.
La paire de loups:Plus loin dans le temps, les bombes ont sauté, créant de vastes étendues de terres désertiques difficilement habitables et des méga-cités toujours en guerre. Parcourant les terres mortes, il y a des individus assoiffés de meurtre, incapables de résister à cette pulsion de destruction. Le temps d'un instant, deux d'entre eux se rencontrent et font la trêve. Un vaisseau d'une cité atterrit, ils commettent une fois de plus un meurtre, mais font la rencontrer d'un autre homme errant qui, lui, prône l'abstinence du meurtre.
Loup fou: Le protagoniste est ici le président d'une nation pan-continentale qui dirige son État par le truchement d'une série de rapports et de documents. Cependant, il en vient à soupçonner que tous ses subalternes sont atteints d'une ou l'autre maladie mentale, ce qui affecteraient négativement le fonctionnement du gouvernement.
La horde des loups: Le monde a trouvé un certain équilibre, qui se perpétue uniquement par le sacrifice d'une portion de la population lorsque la tension interne devient trop élevée, par le biais d'une guerre fictive. Une société secrète, la Ligue de la Raison, essaye depuis longtemps de reprendre le contrôle sur cette structure absurde. Infiltrée à tous les échelons, ces rebelles tenteront le tout pour le tout, préférant le chaos total à cette organisation.
Commentaire
Les quatre histoires sont clairement indépendantes, mais elles sont reliées dans le livre par le biais d'une introduction de l'auteur. Ce procédé ne suffit pas et, au contraire, crée une certaine confusion, car on s'attend alors à plus d'éléments récurrents d'une histoire à l'autre. La mise en contexte cite des éléments qui, en réalité, ne sont pas apparents dans l'histoire. L'absence des introductions aurait simplement laissé le lecteur apprécié chaque histoire indépendamment, les titres et la thématique de la folie suffisant à créé une unité pour le recueil. Aussi, l'auteur utilise régulièrement de grand terme avec lettres majuscules, une manie un peu irritante.
En ce qui a trait aux nouvelles elles-mêmes, les protagonistes sont souvent très bavards, ce qui n'est pas toujours adéquat. Cela convient parfaitement à la troisième histoire, selon moi la plus réussie, de par son propos et sa longueur.
Ensuite, la première histoire est aussi bien réussie malgré un épisode plus flottant, mais c'est cohérent avec l'état d'esprit du personnage. La thématique est très contemporaine avec ces agendas qui dictent l'existence des êtres humains. Le protagoniste réussit à sauver l'humanité en usant de manipulation et en poussant la réflexion de ces machines. C'est original car il n'y a pas de désir d'éliminer l'autre, juste de le faire partir pour que les deux clans puissent vivre et se développer sans nuire à l'autre.
La deuxième nouvelle contient un dialogue intérieur fort du protagoniste, mais le mélange avec l'action est cahoteux. Tout ce qui concerne ces villes qui se font la guerre, le fonctionnement du véhicule, laisse perplexe. Le voyage est à la limite inutile et ils auraient tous pu demeurer dans ce désert où ils sont retournés, c'eut été moins frustrant.
Finalement la quatrième histoire a un propos intéressant, plein de retournements qui nous rendent le protagoniste pas très sympathique et qui s'étire. De plus, on ne comprend jamais totalement la nature de cette guerre fictive. Les appelés meurent-ils vraiment? Comment? La scène finale frôle l'onirisme, qui n'avait pas été abordé jusque là. Au moins, cette histoire tente-t-elle d'inclure un peu des trois autres.
Il s'agit donc d'un recueil aux composantes inégales. Deux d'entre elles sont très bien, les deux autres sont plutôt moyennes et insatisfaisantes.
À lire à 75%
Ce livre réuni quatre nouvelles écrites entre 1944 et 1962 avec, pour thématique centrale, la folie de l'Homme dans un futur postapocalyptique.
Le loup solitaire: Alors que la population de la planète s'est réfugiée dans des cités souterraines par crainte d'attaques nucléaires, quelques familles d'irréductibles continues d'habiter la surface. Parmi eux, Gussy est souvent consulté par les fonctionnaires de la Recherche et du Développement, sans cesse à l'affût de nouvelles idées pour de nouvelles inventions. La dernière idée de Gussy, pour un appareil du type "agenda électronique", dégénérera en une intelligence artificielle qui soumettra les populations à la servitude en un temps record.
La paire de loups:Plus loin dans le temps, les bombes ont sauté, créant de vastes étendues de terres désertiques difficilement habitables et des méga-cités toujours en guerre. Parcourant les terres mortes, il y a des individus assoiffés de meurtre, incapables de résister à cette pulsion de destruction. Le temps d'un instant, deux d'entre eux se rencontrent et font la trêve. Un vaisseau d'une cité atterrit, ils commettent une fois de plus un meurtre, mais font la rencontrer d'un autre homme errant qui, lui, prône l'abstinence du meurtre.
Loup fou: Le protagoniste est ici le président d'une nation pan-continentale qui dirige son État par le truchement d'une série de rapports et de documents. Cependant, il en vient à soupçonner que tous ses subalternes sont atteints d'une ou l'autre maladie mentale, ce qui affecteraient négativement le fonctionnement du gouvernement.
La horde des loups: Le monde a trouvé un certain équilibre, qui se perpétue uniquement par le sacrifice d'une portion de la population lorsque la tension interne devient trop élevée, par le biais d'une guerre fictive. Une société secrète, la Ligue de la Raison, essaye depuis longtemps de reprendre le contrôle sur cette structure absurde. Infiltrée à tous les échelons, ces rebelles tenteront le tout pour le tout, préférant le chaos total à cette organisation.
Commentaire
Les quatre histoires sont clairement indépendantes, mais elles sont reliées dans le livre par le biais d'une introduction de l'auteur. Ce procédé ne suffit pas et, au contraire, crée une certaine confusion, car on s'attend alors à plus d'éléments récurrents d'une histoire à l'autre. La mise en contexte cite des éléments qui, en réalité, ne sont pas apparents dans l'histoire. L'absence des introductions aurait simplement laissé le lecteur apprécié chaque histoire indépendamment, les titres et la thématique de la folie suffisant à créé une unité pour le recueil. Aussi, l'auteur utilise régulièrement de grand terme avec lettres majuscules, une manie un peu irritante.
En ce qui a trait aux nouvelles elles-mêmes, les protagonistes sont souvent très bavards, ce qui n'est pas toujours adéquat. Cela convient parfaitement à la troisième histoire, selon moi la plus réussie, de par son propos et sa longueur.
Ensuite, la première histoire est aussi bien réussie malgré un épisode plus flottant, mais c'est cohérent avec l'état d'esprit du personnage. La thématique est très contemporaine avec ces agendas qui dictent l'existence des êtres humains. Le protagoniste réussit à sauver l'humanité en usant de manipulation et en poussant la réflexion de ces machines. C'est original car il n'y a pas de désir d'éliminer l'autre, juste de le faire partir pour que les deux clans puissent vivre et se développer sans nuire à l'autre.
La deuxième nouvelle contient un dialogue intérieur fort du protagoniste, mais le mélange avec l'action est cahoteux. Tout ce qui concerne ces villes qui se font la guerre, le fonctionnement du véhicule, laisse perplexe. Le voyage est à la limite inutile et ils auraient tous pu demeurer dans ce désert où ils sont retournés, c'eut été moins frustrant.
Finalement la quatrième histoire a un propos intéressant, plein de retournements qui nous rendent le protagoniste pas très sympathique et qui s'étire. De plus, on ne comprend jamais totalement la nature de cette guerre fictive. Les appelés meurent-ils vraiment? Comment? La scène finale frôle l'onirisme, qui n'avait pas été abordé jusque là. Au moins, cette histoire tente-t-elle d'inclure un peu des trois autres.
Il s'agit donc d'un recueil aux composantes inégales. Deux d'entre elles sont très bien, les deux autres sont plutôt moyennes et insatisfaisantes.
À lire à 75%
12 oct. 2012
Tribbles dans le métro
Non, vous n'avez pas mal lu.
J'en ai vu un. Un tribble. Dans un wagon, sur la ligne orange. Il était là, par terre, immobile, comme un pompon de tuque. Je l'ai reconnu malgré sa tentative de déguisement. Un moment, j'ai douté, j'avoue, mais je ne me suis pas laissée prendre au jeu. J'ai voulu prendre une photo, mais le métro était rendu à la station suivante, les gens sont embarqués, se plaçant entre moi et le tribble ignoré de tous.
Je crois que je viens de découvrir l'origine des nombreuses pannes du métro de Montréal.
Nous sommes dans le pétrin!!!
J'en ai vu un. Un tribble. Dans un wagon, sur la ligne orange. Il était là, par terre, immobile, comme un pompon de tuque. Je l'ai reconnu malgré sa tentative de déguisement. Un moment, j'ai douté, j'avoue, mais je ne me suis pas laissée prendre au jeu. J'ai voulu prendre une photo, mais le métro était rendu à la station suivante, les gens sont embarqués, se plaçant entre moi et le tribble ignoré de tous.
Je crois que je viens de découvrir l'origine des nombreuses pannes du métro de Montréal.
Nous sommes dans le pétrin!!!
4 oct. 2012
SF: amusante / vraisemblable / sérieuse?
Les derniers romans de SF que j'ai lus ces derniers temps m'ont souvent laissé la même impression: les idées sont intéressantes et les textes font réfléchir tout en me laissant un arrière-pensée de déprime quant au futur de l'humanité. Et je m'amuse très peu. En fait, je m'amuse de façon très cérébrale, mais je ne suis "prise" dans l'histoire, je ne me sens pas complètement embarquée, ni happée par les personnages. Je ne m'ennuie pas, mais je ne m'amuse pas non plus. L'aspect émotionnel est coupé.
Est-ce parce que je lis un type de SF plus hard? Plus sérieuse? Avec Stross, Leiber, Aldiss? Peut-être.
La SF peut-elle à la fois être cérébrale et amusante? J'espère!
D'ailleurs, j'ai lu dernièrement sur io9 un article sur comment écrire une SF sans moyens de transport supra-luminique. Tout ça au nom de la crédibilité scientifique. L'article est bien, mais ce sont les interventions des lecteurs, plus bas, qui m'ont intriguée. Une trop grande adéquation entre SF et science actuelle banalise-t-elle cette première, lui enlève-t-elle sa part d'imaginaire? À partir du moment où l'univers est cohérent en lui-même, sa cohérence avec notre monde est-elle si primordiale, sa vraisemblance un critère essentiel?
J'imagine que les réponses dépendent du type de lecteur que vous êtes, mais je pense qu'on doit se poser la question, ne serait-ce que pour comprendre ce qui est important, pour nous, dans une histoire.
Est-ce parce que je lis un type de SF plus hard? Plus sérieuse? Avec Stross, Leiber, Aldiss? Peut-être.
La SF peut-elle à la fois être cérébrale et amusante? J'espère!
D'ailleurs, j'ai lu dernièrement sur io9 un article sur comment écrire une SF sans moyens de transport supra-luminique. Tout ça au nom de la crédibilité scientifique. L'article est bien, mais ce sont les interventions des lecteurs, plus bas, qui m'ont intriguée. Une trop grande adéquation entre SF et science actuelle banalise-t-elle cette première, lui enlève-t-elle sa part d'imaginaire? À partir du moment où l'univers est cohérent en lui-même, sa cohérence avec notre monde est-elle si primordiale, sa vraisemblance un critère essentiel?
J'imagine que les réponses dépendent du type de lecteur que vous êtes, mais je pense qu'on doit se poser la question, ne serait-ce que pour comprendre ce qui est important, pour nous, dans une histoire.
15 sept. 2012
Lecture: "Accelerando" de Charles Stross
Résumé
Accelerando, c'est l'histoire d'une famille qui, en l'espace de trois générations, participera au passage d'un monde pré-singularité à un monde post-singularité.
Dans les premières décennies du vingt-et-unième siècle, Manfred est un entrepreneur hors du commun. Outillé des dernières technologies qui lui permettent d'être toujours en avance sur tout le monde, divisé en un être de chair et des copies de son esprit qui naviguent sur internet, il génère des idées dont il fait profiter les autres, au grand désespoir de son ex-copine, agente du fisc. Virtuose dans la manipulation des lois - surtout des lois financières - et des marchés, il oeuvre dans le droit des êtres téléversés, la transformation de toute matière en computronium (élément nanotechnologique "pensant" et transformable) et l'émergence d'une humanité différente.
Quelques décennies plus tard, sa fille Amber, émancipée de force, s'exile en orbite de Jupiter, où elle établit son propre royaume indépendant qui servira de point de départ d'une expédition intersidérale partie à la recherche de la source d'un message extra-terrestre. Son corps physique demeurera en orbite alors qu'une copie partira, téléchargée dans un "vaisseau" de la taille d'une canette. Deux Amber existeront alors, comme bien d'autres, dont l'une dans un univers uniquement virtuel dont l'aspect naturel n'aura pour fonction que de préserver sa santé mentale et celle de ses camarades.
Finalement, le fils d'Amber de Jupiter, Sirhan, tentera tant bien que mal de survivre dans un système solaire où les humains de chair sont de moins en moins inclus, toute la matière se transformant en computronium. De retour de son expédition, Amber-virtuelle rapportera une vision de ce qui les attend, de l'aboutissement de cette vie post-singularité.
Et n'oublions pas le chat cybernétique familial et les homards explorateurs spatiaux!
Commentaire
Accelerando résulte de la fusion de neuf nouvelles - trois par époque - publiée d'abord séparément dans Asimov's Science-Fiction Magazine.
L'amalgame est enthousiasmant dans la première et la seconde partie. Manfred, avec son cerveau hyperactif, est le guide parfait dans ce monde où foisonnent les nouvelles idées et leur développement. Sympathique rebelle, il aide à faire passer les concepts pas toujours évidents à comprendre, surtout les extrapolations sur le système financier et son aspect légal. En seconde partie,les mésaventures d'Amber nous replongent plutôt dans l'adolescence, mais ici, c'est tout l'imaginaire de l'auteur et la quête vers les extra-terrestres qui gardent l'intérêt. Manfred, sans faire d'apparition, fait sentir sa présence.
En troisième partie, ça se gâte. Une ambiance de désenchantement et de déception ainsi qu'un personnage principal - Sirhan - qui n'attire pas la sympathie rendent le tout lourd. Encore une fois, les idées sont au rendez-vous, plus glauques et pessimistes pour une espèce humaine obsolète dans son propre système solaire. Au terme de l'histoire, on voudrait être parti avec cette seconde expédition vers un signal extra-terrestre, plutôt que d'être resté avec Sirhan. Même le retour de Manfred n'y change rien, sans compter une révélation de Deux ex Machina plus amère que révélatrice.
Aussi, tout au long du roman, il y a ces interventions d'un narrateur omniscient qui servent à nous situer dans le temps, à décrire le moment actuel quand il y a eu un bon dans le temps. Généralement assez neutres, il y en a quelques unes, vers la fin, où un mépris ou un je-m'en-foutisme transparaît. On a l'impression que l'auteur en a marre. Je suspecte de plus en plus que ces interventions proviennent du chat-robot.
En résumé:
En positif, un roman qui déborde d'idées et d'extrapolations originales, deux personnages sur trois sympathiques, un rythme très rapide et des éléments récurrents qui solidifient la cohérence de l'histoire.
En négatif, en fait, la troisième partie, vraiment. Je pourrais ajouter le computronium, ce truc jamais expliqué, ni sur sa nature réelle ou sa création, mais disons que ce fut mon acte de foi.
Recommandé!
Accelerando, c'est l'histoire d'une famille qui, en l'espace de trois générations, participera au passage d'un monde pré-singularité à un monde post-singularité.
Dans les premières décennies du vingt-et-unième siècle, Manfred est un entrepreneur hors du commun. Outillé des dernières technologies qui lui permettent d'être toujours en avance sur tout le monde, divisé en un être de chair et des copies de son esprit qui naviguent sur internet, il génère des idées dont il fait profiter les autres, au grand désespoir de son ex-copine, agente du fisc. Virtuose dans la manipulation des lois - surtout des lois financières - et des marchés, il oeuvre dans le droit des êtres téléversés, la transformation de toute matière en computronium (élément nanotechnologique "pensant" et transformable) et l'émergence d'une humanité différente.
Quelques décennies plus tard, sa fille Amber, émancipée de force, s'exile en orbite de Jupiter, où elle établit son propre royaume indépendant qui servira de point de départ d'une expédition intersidérale partie à la recherche de la source d'un message extra-terrestre. Son corps physique demeurera en orbite alors qu'une copie partira, téléchargée dans un "vaisseau" de la taille d'une canette. Deux Amber existeront alors, comme bien d'autres, dont l'une dans un univers uniquement virtuel dont l'aspect naturel n'aura pour fonction que de préserver sa santé mentale et celle de ses camarades.
Finalement, le fils d'Amber de Jupiter, Sirhan, tentera tant bien que mal de survivre dans un système solaire où les humains de chair sont de moins en moins inclus, toute la matière se transformant en computronium. De retour de son expédition, Amber-virtuelle rapportera une vision de ce qui les attend, de l'aboutissement de cette vie post-singularité.
Et n'oublions pas le chat cybernétique familial et les homards explorateurs spatiaux!
Commentaire
Accelerando résulte de la fusion de neuf nouvelles - trois par époque - publiée d'abord séparément dans Asimov's Science-Fiction Magazine.
L'amalgame est enthousiasmant dans la première et la seconde partie. Manfred, avec son cerveau hyperactif, est le guide parfait dans ce monde où foisonnent les nouvelles idées et leur développement. Sympathique rebelle, il aide à faire passer les concepts pas toujours évidents à comprendre, surtout les extrapolations sur le système financier et son aspect légal. En seconde partie,les mésaventures d'Amber nous replongent plutôt dans l'adolescence, mais ici, c'est tout l'imaginaire de l'auteur et la quête vers les extra-terrestres qui gardent l'intérêt. Manfred, sans faire d'apparition, fait sentir sa présence.
En troisième partie, ça se gâte. Une ambiance de désenchantement et de déception ainsi qu'un personnage principal - Sirhan - qui n'attire pas la sympathie rendent le tout lourd. Encore une fois, les idées sont au rendez-vous, plus glauques et pessimistes pour une espèce humaine obsolète dans son propre système solaire. Au terme de l'histoire, on voudrait être parti avec cette seconde expédition vers un signal extra-terrestre, plutôt que d'être resté avec Sirhan. Même le retour de Manfred n'y change rien, sans compter une révélation de Deux ex Machina plus amère que révélatrice.
Aussi, tout au long du roman, il y a ces interventions d'un narrateur omniscient qui servent à nous situer dans le temps, à décrire le moment actuel quand il y a eu un bon dans le temps. Généralement assez neutres, il y en a quelques unes, vers la fin, où un mépris ou un je-m'en-foutisme transparaît. On a l'impression que l'auteur en a marre. Je suspecte de plus en plus que ces interventions proviennent du chat-robot.
En résumé:
En positif, un roman qui déborde d'idées et d'extrapolations originales, deux personnages sur trois sympathiques, un rythme très rapide et des éléments récurrents qui solidifient la cohérence de l'histoire.
En négatif, en fait, la troisième partie, vraiment. Je pourrais ajouter le computronium, ce truc jamais expliqué, ni sur sa nature réelle ou sa création, mais disons que ce fut mon acte de foi.
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